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Etat Critique - Blog politique
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D’hier à demain en passant par toujours, quel est le rôle des poètes ? Sont-ils d’impénitents rêveurs cherchant à fuir les
réalités de leur temps ? À voir dans quel oubli, parfois dans quel mépris, ils sont tenus par la société, on pourrait penser que ce sont des êtres inutiles. Et il est vrai que pour les affaires,
pour le PIB, pour la consommation délirante, ils ne servent à rien, ou presque.
Victor Hugo
En fait, je crois que le poète ne s’improvise pas. Il est ou il n’est pas poète. Il ne choisit pas sa voie, sa
destinée. Un besoin pressant l’anime, celui
d’écrire, de décrire le monde dans lequel il vit, parfois il parle aussi de l’au-delà. Par vocation, il aime la beauté, il est épris de l’amour et de la beauté des êtres humains. Il respire avec
la musique et s’endort souvent avec beaucoup de peintures ou de mots qui dansent follement dans son esprit toujours en éveil. C’est vrai, il faut le reconnaître, le poète n’est pas fait pour le
rendement, pour la concurrence, le commerce, en un mot les seules choses qui intéressent les « décideurs prétentieux » de ce temps troublé et inconstant. Il n’est pas fait pour imposer
la peur aux peuples, contrairement à une majorité de pouvoirs politiques.
Ce déséquilibre fondamental, les poètes le ressentent cruellement. Et, si ce n’est pas le fait du plus grand nombre d’entre eux,
le poète devient, si l’inspiration le saisit, veilleur. Avec son extrême sensibilité, il respire la société, ressentant ses soubresauts, le sommeil léthargique de ses contemporains, les lâchetés
des gouvernants, et la soif d’or des milieux financiers. Ce qu’il voit, ce qu’il perçoit, lui glace le sang tout en faisant bouillonner son esprit.
Il sait, le poète, que la vie pourrait être belle et tendre pour chaque âme qui voit le jour sur cette terre. Ce n’est pas un
simple sentiment, c’est une certitude, parce que plus que beaucoup d’autres, il sait les dons de la vie, les cadeaux de la nature, même si celle-ci peut devenir l’ennemie du genre humain. Son art
consiste donc à « révéler » ce savoir intime, cette conviction frottée aux réalités. Il sait également pourquoi la vie est plus souvent un drame qu’une fête.
Parfois, n’en pouvant plus, il écrit des poèmes que l’on dit « engagés ». C’est là qu’il s’attaque aux raisons de ce
qui fait souffrir l’humain, mais encore de tout ce qui vit sur la surface de la terre, voire la planète elle-même. Si les risques qu’il prend ne sont pas très grands, puisque peu de citoyens le
lisent, il faut se souvenir de ce qu’a enduré et endure encore, sous certaines contrées, nombre de poètes.
Aimé Césaire
Mais à vrai dire, peu importe qu’il soit ou non lu, l’important, c’est qu’il accepte d’être l’un des maillons de la chaîne des
poètes de tous les temps. L’important, c’est qu’il assure le lien entre ceux d’avant et ceux d’après. Le poète qui ne connaît pas de succès apparent est parfois frustré, mais s’il a conscience de
son rôle dans l’histoire, il gardera la force d’écrire en lui-même. Celui qui n’est pas lu par le public, aujourd’hui, peut toucher un jeune au point qu’en lui se révélera son don pour la poésie.
Et ainsi, chaque poète passe le flambeau. Un jour, proche ou lointain, le poète deviendra utile parce que toute la chaîne aura transmis l’essence de la vie. Celui d’entre eux qui connaîtra le «
succès », que ce soit aujourd’hui ou dans cent ans, trouvera sa récompense, mais cette récompense reviendra également à tous ceux qui l’auront précédé.
Dans cette société de consumérisme et d’adoration du dieu argent, on rit très souvent d’eux, mais les dictateurs savent le
danger que le poète représente. Combien ont été arrêtés, jetés en prison, voire tués… La parole vraie est un danger extrême pour tout ce qui est abus de pouvoir et vol organisé.
À mon sens, le poète a encore une autre mission, très difficile en notre époque. Je parle plus précisément des poètes de langue
française. Notre langue est attaquée de toute part, mais plus particulièrement dans les médias télévisés et radiophoniques. L’anglais, langue commerciale par excellence, tend à se généraliser
pour cette unique raison. C’est une manière comme une autre « d’envahir » un pays. Pour défendre cet envahissement culturel, ses promoteurs nous disent sans cesse qu’une langue doit
évoluer, accepter l’apport des autres langues. Certes, mais alors, pourquoi (du moins à ma connaissance), est-ce seulement ou essentiellement le français qui est ainsi attaqué ? Que je sache,
l’anglais, tant en Angleterre qu’aux USA, n’est pas truffé d’expressions françaises de plus en plus nombreuses. Si une attaque est ainsi à sens unique, il faut tout de même se poser la question
du pourquoi…
Il y a de nombreuses années, j’ai appris l’anglais. Cependant, lorsque j’écoute certaines émissions à la télévision, j’en arrive
à ne plus comprendre ce qui se dit. À mon sens, c’est gravissime, parce que plusieurs tendances lourdes s’accumulent contre notre langue. Nous allons, fatalement, s’il n’y a nul redressement,
finir par ne plus nous comprendre, ce qui est tragique pour notre pays.
Le rôle des poètes, dans cette circonstance, est et reste de défendre notre langue et de maintenir en vie ce qui est la
spécificité de notre culture. Il ne s’agit pas de nationalisme, je me fiche totalement de cet aspect des choses. Mais la langue française, avec d’autres nuances que les langues étrangères, permet
de décrire tant de situations, permet de décliner tant de sentiments. Perdre cela, c’est perdre le plus précieux des trésors que nous ont légués tous nos ancêtres depuis des centaines
d’années.
Mahmoud Darwich
Alors, la question à poser : Inutiles, les poètes ?
Il est des pays où le pouvoir politique comprend l'importance et le danger que représentent les poètes pour leur pouvoir. Ainsi,
Angye Gaona, poète colombienne vient d'être emprisonnée. Voici un extrait du communiqué annonçant la nouvelle : La poète et journaliste Angye Gaona a été arrêtée. L'État
colombien veut la faire taire pour maintenir l'obscurité sur un génocide. Angye Gaona, poète et témoin, arrêtée pour penser, en Colombie, le pays dans lequel l'état a converti le fait de penser
en un crime. Angye Gaona est une femme créatrice et compromise socialement, toujours active et très engagée dans le développement de la culture; elle fait partie du comité organisant le Festival
International de Poésie de Medellín, dont la qualité témoigne d'un travail et des rêves tissés entre les peuples.
Jean Dornac
Paris, le 8 février 2011
Visiter mon blog de poésie : http://www.couleurs-poesies-jdornac.com/
Ami, entends-tu
le foutriquet qui n'aime pas la France qui ne l'aime pas et rêve à voix haute son escamotage, son expulsion, son anéantissement.
Le foutriquet qui aime la France qui marche au pas et parade et triomphe, en gueulant : nous sommes le peuple supérieur !
Le foutriquet qui aime la France qui s'enivre du travail qui rend libre et apaise actionnaires et managers, pendant que l'état trie et tue, là-bas et ici.
Le foutriquet qui aime la France à genoux et adore sa petite personne, avide de puissance et de gloire, dans les siècles des siècles.
Le foutriquet qui aime la France qui se prosterne et se prostitue avec l'Amérique de la prohibition de la liberté et la Chine qui danse sur l'or d'Oncle Picsou.
le foutriquet qui aime la France qui l'aime et se vend aux actionnaires du monde entier, en hurlant, à Londres, à Budapest et Berlin : vive le socialisme des imbéciles !
Ami, entends-tu
le foutriquet qui revient d'entre les morts, communier avec tous les morts de toutes les guerres, sauf s'ils puent, et dit aux vivants : voici mes entrailles, mangez-en, c'est de l'or !
Le foutriquet qui se cherche des ancêtres, totems et tabous, à mettre devant la porte de l'histoire, pour ne pas répondre de ses actes et rendre des comptes au présent.
Le foutriquet qui aime l'Allemagne qui fait aimer l'Allemagne de tout son coeur. Comme les émigrés de Suisse et de Belgique, il a une patrie de substitution, dans sa valise diplomatique.
Le foutriquet qui aime les ouvriers qui le supplient de faire un miracle : donne-nous un zeste du pain quotidien que nous offrons au patronat. L'amour aveugle aime les souteneurs.
Le foutriquet qui minaude, je vous aime tous, son amour est grand, et fait des mines et des poses : je suis une victime, un martyr, le sauveur de la France !
Le foutriquet qui a choisi la France qui aime l'argent, c'est naturel, et en veut toujours plus. À part accumuler, rien ne l'intéresse. Qu'elle l'élise ! Qu'elle le choisisse ! C'est bien un immigré d'opérette.
Ohé ! Les indésirables ! Les pas-comme-nous ! Les moins-que-rien ! Les plus bas que terre ! L'engrais versé dans le sillon stérile ! S'il envoie ses fonctionnaires chéris, son état bien-aimé, sa police toute neuve, tirée de la lessiveuse, arrachons-lui, avec les dents, la langue et les yeux. Que son nom soit effacé de la mémoire des hommes ! Montrons que derrière le panneau arc-en-ciel des divers socialismes nationaux et ses acolytes odieux ou imbéciles, se tient le genre humain.